L’avis du canard en plastique – TGIF

C’est vendredi. Aujourd’hui, pas d’agents autonomes, pas de gouvernance SI, pas de programme en dérapage. Juste un outil de résolution de problème que j’ai redécouvert il y a quelques années avec les devoirs de mes enfants, et que j’utilise depuis en mission…


Le canard en plastique, pour ceux qui ne connaissent pas :

Dans le monde du développement logiciel, il existe une pratique documentée et sérieuse même si elle semble absurde : le rubber duck debugging. Quand un développeur bloque sur un bug qu’il n’arrive pas à résoudre, il pose un canard en plastique sur son bureau et lui explique le problème à voix haute, ligne de code par ligne de code.

Souvent, avant même d’avoir fini, il a trouvé.

L’idée tient en une phrase : formuler un problème pour quelqu’un d’autre (même un canard qui ne comprendra rien) force une précision que la réflexion silencieuse ne produit pas. On ne peut pas être vague avec un interlocuteur. Même fictif.


Le canard pour faire ses gammes

J’ai deux grands enfants, l’une en première (c’était le bac français hier + maths aujourd’hui 😰), l’autre en fin de prépa scientifique (ce sont les oraux de concours en ce moment 😰). Les soirées de révisions suivent leur rythme, avec régulièrement le fameux appel « PAPAAAAAA ! J’ai besoin d’un canard ! » (oui quand ils ont besoin d’un idiot utile c’est moi, c’est institutionnalisé). Et cela se passe généralement de la façon suivante : je me pointe dans l’antre de l’héritier(e). Il(elle) m’explique sur quoi il bute, la démarche qu’il a appliquée. Je l’écoute. Je ne comprends pas grand-chose à l’exercice, c’est que c’est loin tout ça… alors je pose éventuellement une ou deux questions -généralement très floue qui me vaut d’être gratifié d’un « m’enfin t’as rien compris à ce que je t’expliquais »-, il s’arrête au milieu d’une phrase, repart différemment, et il dit : « Ah. J’ai trouvé. Merci. »

Voilà. J’ai servi de canard en plastique.


Et ça marche vraiment 

La méthode repose sur un mécanisme cognitif simple : notre pensée en mode réflexion silencieuse tolère les zones floues. On passe par-dessus les trous dans le raisonnement parce que le cerveau, paresseux, comble les vides avec ce qu’il voudrait que la réalité soit. Dès que l’on formule pour autrui, ce mécanisme saute. On ne peut pas dire « et ensuite cela fonctionne » si cela ne fonctionne pas : l’impasse devient visible.

Et comme on se corrige soi-même en articulant, l’apprentissage est beaucoup plus efficace que si la correction venait d’un tiers ou d’un corrigé d’exo.

En mission, je l’utilise quasiment de la même façon. Quand un collaborateur bute sur un problème présenté comme une impasse, je lui demande de me l’expliquer en considérant que je ne connais pas le sujet. La moitié du temps, à mi-chemin de l’explication, il reformule lui-même la question et commence à voir la solution. Je n’ai pas apporté de réponse, mais prêter une oreille attentive a forcé la formulation à devenir rigoureuse. J’échappe juste au « tu comprends vraiment rien », ils le gardent plutôt pour eux 😉


On se l’interdit trop souvent, car c’est difficile d’admettre que l’on est bloqué, ou alors l’on craint de déranger, ou encore on pense que l’interlocuteur devra comprendre pour être utile.

Aucune de ces trois conditions n’est vraie.

Il suffit d’un interlocuteur disposé à écouter sans interrompre et à poser une question ou deux si le raisonnement s’emballe. Le reste se produit tout seul.

Ce canard en plastique jaune posé symboliquement sur le bureau de mon fils depuis qques années a résolu plus de problèmes que beaucoup d’outils que j’ai vus déployés avec des budgets à cinq chiffres…

Bon week-end !

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